Madame le Maire parle de son clocher
Église Saint Gilles - XIXème siècle - Clocher : Flèche

59570 LA FLAMENGRIE (Nord)

Posté le 02/02/2010 par arnaud
Eglise construite vers 1859. source : Mairie de La Flamengrie.

Commune sans Deniers, églises en danger :
De moins en moins fréquentées, les églises coûtent cher à entretenir et les maires de nombreuses communes s'interrogent. C'est mon cas. J'ai le triste privilège de posséder trois églises dans mon village de plus de 1000 habitants. Deux d'entre elles sont dans un tel état de délabrement, qu'il est désormais impossible d'y officier. La dernière, l'église principale du centre du village, décapitée par la dernière tempête de mai dernier accueille néanmoins un office environ par mois, en dehors des enterrements et des mariages. Depuis longtemps, les baptêmes sont regroupés au chef-lieu de canton et les enfants sont baptisés à la chaîne par groupe de 10 ou 20 !!!!!!!.
Sur la base d'un rapport du Sénat, l'observatoire du Patrimoine Religieux indique que plus de la moitié des églises rurales non protégées serait « en situation de péril » ! 100 000 clochers sont exposés à nos regards en France dont 40 000 avec une horloge. Ces églises, bien loin des églises classées ou inscrites à l'inventaire placé sous contrôle des Affaires Culturelles, sans cachet réel, mémoire d'un passé ancien et de générations antérieures sont des lieux que les communes entretiennent comme elles peuvent. Le clergé (prestataire des lieux) ne finance pas la rénovation de ces églises en ruine car il n'en est pas le propriétaire, pas plus que l'État,… les assurances ne veulent pas payer. !!!!
Pour la commune de la Flamengrie, la rénovation intégrale des trois sites (clochers, toitures, charpentes, peintures intérieures, rénovations des statues et du mobilier, rénovation des vitraux) s’élèverait à près d'un million d‘euros. Comment voulez-vous qu'on fasse ?
Mais que vont devenir ces églises, fermées depuis que les fidèles les ont désertés et que les maires n’ont plus les moyens de les entretenir ? Alors que nous plaidons dans notre large majorité pour la sauvegarde de nos clochers (même chez les non-croyants) la municipalité se demande comment assurer la conservation de ce patrimoine inscrit dans la mémoire du village. Dans ces églises des gens ont été enterrés, d'autres s'y sont mariés ou été baptisé. Ces vieilles pierres ont été le témoin des heures importantes de la vie de chacun de nous et de nos ancêtres.
Comment l'oublier ?
Que pensez-vous du fait que l'on soit obligé (faute de financement) de penser à détruire ce patrimoine légué par les générations précédentes. D'après les sociétés archéologiques d’Avesnes et de Vervins, les fondations de nos trois églises remontent au XIIe siècle, lors du regroupement des populations flamandes qui ont créé notre village (certaines pierres remarquables en sont la preuve).
Où se situe l'avenir de ces monuments ,souvent désertés de leurs fidèles traditionnels,dont l'entretien pèse lourd sur la Collectivité. Ne dit-on pas que « celui qui se moque du passé n'est pas digne du futur ».
Au XXIe siècle, avec les moyens matériels dont nous disposons ,ne serons nous donc pas capables d'entretenir des bâtiments qui ont survécu aux guerres, aux cataclysmes,aux outrages du temps et à la Révolution.
Avons-nous à ce point régressé qu’il nous est impossible de maintenir ce que nos valeureux ancêtres ont bâti de leurs propres mains , parfois au péril de leur vie. Je m'interroge et j’ai honte…. !!!!
Dans notre cas, il ne s'agit pas ni de malveillance notoire (bien au contraire) ni de négligence ,ni de défaut d'entretien, car chaque année nous inscrivons au budget des sommes pour pallier aux réparations les plus pressées.
Nous sommes bloqués par la panne des crédits de restauration.
C'est pour cette raison, que je rédige ce plaidoyer pour nos églises, afin d'attirer votre attention sur le bien-fondé de ma demande. J'ai besoin que des anges gardiens se mobilisent pour la sauvegarde de mon patrimoine religieux. Les églises coûtent cher à entretenir et ne sont –hélas !-pas les seules dépenses des collectivités territoriales qui voient leurs revenus se réduire comme peau de chagrin. La suppression de la taxe professionnelle ne va certes pas arranger les choses.
Faut-il les préserver, leur donner une autre destination ou doit-on les démolir ?
Pas de doute, de gros nuages noirs surplombent désormais les petits clochers ruraux et ils ont un sombre avenir devant eux, Comme si le tabou de leur destruction commençait à se lever.
Pour se débarrasser d'un édifice encombrant qu'on ne peut plus entretenir, la recette est facile : il suffit de le laisser pourrir 20 ans, de l'entourer ensuite de bandes rouges pour signifier son danger puis de faire établir un arrêté de péril. La démolition n'est alors plus une honte…Elle est conseillée et même recommandée. Je ne veux pas en arriver là !!!!
Les Français en général, et les Flamengrois ,en particulier ,sont pourtant « viscéralement attachés » à leurs églises. C'est pourquoi, je ne veux pas être le Maire qui aura décidé de raser ses églises ou de modifier leur silhouette.
Je me battrai comme une lionne pour transmettre aux générations futures le patrimoine qui nous avait été légué.
Je veux construire et non pas démolir. Je ne veux pas commettre un sacrilège.
Je sais que d'autres maires ont fait un choix différent : je fais le vœu de conserver mes trois églises dont l'une d'elles recelait un véritable trésor : trois retables en bois sculpté polychrome du Moyen Âge, malheureusement dérobés et saccagés, il y a une vingtaine d'années.
Je forme le souhait de réhabiliter cette église et d'en faire un lieu de souvenir, exposant des documents précieux concernant notre fameuse « Pierre d’Haudroy »ainsi qu’un musée du patrimoine religieux, amené à disparaître chez les brocanteurs et les antiquaires. C'est un projet ambitieux, mais j’ose espérer que ce projet un peu « fou » trouvera un écho favorable auprès de vous et que vous ferez le maximum pour me fournir des aides financières indispensables à la réalisation de ces projets.
Je compte également sensibiliser les habitants de la commune et des donateurs éventuels, en mettant l'accent sur la sauvegarde de notre patrimoine local, en faisant des actions, en récoltant des fonds, des dons et à confier certains travaux aux habitants eux-mêmes.
C'est une gageure, un pari, un challenge et je sais que je peux compter sur vous pour m'apporter le maximum de soutien.
Je sais qu'un ange gardien va se pencher sur mes clochers.
source : Madame le Maire / http://www.monclocher.com
Ajouter un commentaire